Histomag 44 No 51

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En cette période propice aux dépenses un peu plus denses qu’à l’accoutumée pour cause de tradition aussi théologique que commerciale, l’adage « tendance » est on ne peut plus adapté : « Travailler plus pour gagner plus » nous annonce t’on à grands renforts de trompettes, flonflons et majorettes comprises dans le pack. Comme vous ne l’ignorez point, notre pêché mignon, période de Noël oblige, est l’exocet entouré de guirlandes ; on vous touchera donc deux mots de notre point de vue sur la question, qui fatalement, diffère donc un tantinet de ce que l’on voudrait bien faire avaler au quidam . On va vous causer de perspectives d’avenir, de solidarité, de l’esprit de Noël, en extrapolant un chouïa vers nos gamins. On profite du moment pour vous parler d’eux ; c’est de circonstance que de parler des gosses, que l’on soit attaché à la Nativité ou plus prosaïquement au rayon jouets de chez Carrouf. Pourtant, ce n’est pas sur leur présent qu’on va vous offrir une petite bafouille mais sur leur avenir. C’est décidé : pour gagner plus, va juste falloir travailler plus. Voilà donc l’idée lumineuse que nos portefeuilles tricolores attendaient depuis Pépin le Bref pour se rembourrer substantiellement. C’était tellement simple que personne n’y avait pensé avant. Travailler plus. Voilà le leitmotiv du Pécore franchouillard ; on va vous expliquer d’une manière assez basique à quel point le calcul est exact. Tout d’abord, le cadeau fiscal fait aux gros bonnets aux poches cousues de fifrelin a bien creusé un trou quelque part qu’il conviendra de colmater par quelque chose qui viendra d’ailleurs. Le second cadeau Bonux de notre démonstration est la suppression de la taxe de 0.3 pour cent sur les gros investissements boursiers : second cadeau, second trou et deuxième raison de trouver de la monnaie sonnante et trébuchante. Si vous cherchiez à savoir pourquoi le prix du pétrole à la pompe stagne alors que le prix du baril est en baisse significative, ne cherchez plus. Comme ceux qui oeuvrent pour notre bien pensent à tout, les retraités à faible rente passeront désormais au tiroir caisse si ils veulent continuer de s’extasier devant la Roue de la Fortune : l’exonération de redevance TV appartient désormais au passé. Comme quoi personne n’est oublié, les friqués comme les autres. Pour les consommateurs lambdas que nous sommes à une écrasante proportion, ne pensez pas que ce subtil jeu des vases communicants soit un facteur de handicap déterminant : il vous suffira juste de vous limiter à une somme de 50 euros à chaque passage à la pompe. C’est le meilleur moyen de ne pas subir la différence. Si des fois, aux alentours du 24 décembre, votre budget ne vous permettait plus de compléter votre réservoir, il vous suffira - comme l’a si justement conseillé Rachida Dati - d’aller manger la dinde chez la tante Bernadette en vélo. Une carriole attelée à l’arrière vous permettra d’y joindre utilement le reste de la famille. Il va de soit que notre Géo Trouvetou en jupons a déjà inauguré ce moyen de locomotion écologique : c’est promis, elle ira en triporteur au Noël de l’Elysée. Enfin, c’est tout au moins ce qu’on lui conseille pour rester crédible. Les pêcheurs eux aussi sont matés : s’ils veulent répercuter la hausse des carburants sans fermer la boutique, ils peuvent vendre leur poisson plus cher ou acheter des moteurs moins puissants. C’est Nico lui-même qui le leur a suggéré. Ils peuvent aussi vendre leur bateau et aller taquiner le poisson d’eau douce le long du Canal du Berry, c’est encore moins dispendieux et plus reposant. Il restera juste à convaincre le consommateur que le gardon fumé sur sa table festive gardera le même cachet que le saumon d’Ecosse. Vous pouvez toujours opter pour votre poisson habituel en appliquant le même principe qu’à la station service : ne pas dépasser une certaine somme et combler ce qui vous manquera dans l’assiette par des feuilles de salades. La salade, c’est sain, pas cher et c’est décoratif. Bien sûr, toutes ces nouvelles mesures ne vont pas sans certains ajustements qui nous vous l’accordons peuvent avoir des effets secondaires un soir de réveillon. Avec l’exemple qui suit, vous allez comprendre mieux ; profitant de la période, on a choisi de vous narrer tout ça sous forme d’un conte de Noël. Imaginez que vous partiez de chez vous plus tard qu’à l’accoutumée – n’oubliez pas que vous avez travaillé plus pour gagner de quoi combler les trous des cadeaux faits à autrui et dont vous ne verrez pas la couleur - pour votre soirée annuelle chez ladite tante Bernadette qui a mis les petits plats dans les grands et sa robe en lycra molletonné. La soirée commence mal : vous avez terminé le turbin à 21 heures et les quelques litres de gazole que vous aviez chichement épargnés sont partis dans un rallye imprévu à la recherche d’une station service encore ouverte. Chou blanc : pas plus de station service que de beurre en broche. Vous retournez donc chez vous dépité, et attelez votre remorque à la bicyclette que vous avez depuis quelque temps placée en état d’alerte permanente. Le temps de rameuter la marmaille, en y ajoutant à la demi heure nécessaire à bobonne pour enlever ses bigoudis, monter un éclairage de fortune sur la dynamo héritée du cousin Robert et vous voilà partis. Il est un peu plus de 23 heures et il vous reste un peu plus de dix bornes à vous taper à la force du mollet. La tante Bernadette s’est déjà enfilé l’assiette de mignardises qui de toute façon devaient se déguster chaudes et jette maintenant un œil avisé sur les escargots – Un élevage d’escargot est d’ailleurs un excellent succédané pour les pêcheurs nécessiteux, puisque même à la rame ils arriveront toujours à en rattraper un ban - . Le moral de l’équipage est pourtant au beau fixe. Jusqu’au moment où un investisseur exonéré de la taxe sur les gros investissements boursiers vous dépasse au volant de sa V12 flambant neuve – qu’il vient de s’offrir avec les picaillons économisés sur son dernier achat de 400.000 actions Indosuez.-

La croquignolette virée champêtre vient de prendre des allures de Bérézina. La masse d’air déplacée par le puissant bolide vous a envoyé valdinguer, vous, les mômes et votre Lucette, au fond d’un fossé. Pire encore : la roue avant est voilée, plus question d’aller bouffer chez Bernadette qui de toute façon a fini par engloutir une bonne partie de la dinde en vous attendant. En individu responsable, vous aurez quand même prévu une bâche que vous allez tendre avec dextérité et, la marmaille criant famine, vous ouvrirez votre paquet de gardons fumés estampillés « Canal du Berry ». C’est ainsi que vous aurez droit à un Noël aussi original qu’inoubliable, sous une bâche tendue en pleine cambrousse, à côté d’un vélo en vrac et d’une remorque transformée en table de salle à manger. Prévoyant et faisant face à vos responsabilités de chef de famille, vous aurez dégotté dans le champ d’a côté un âne et un bœuf, histoire de réchauffer la Lucette qui se pèle les miches depuis une bonne heure. Vous parachèverez votre œuvre patriarcale par un feu de camp du meilleur effet et dans lequel sera, hélas, passée l’intégrale des feux de l’Amour en édition de poche que vous comptiez offrir à la tante Bernadette – qui ronfle déjà depuis une heure pour avoir trop forcé sur le Calva 25 ans d’âge qu’elle avait sorti de sa cave pour l’occasion -. Puis sans comprendre ce qui vous arrive – parce qu’il faut bien trouver une fin heureuse à un conte de Noël – vous verrez arriver vers vous un cortège de trois quidams montés sur des chameaux, s’arrêter vers vous et vous demander la route de Béthleem. C’est à ce moment que vous vous réveillerez en sursaut dans votre lit , trempé de sueur, en vous disant que finalement, travailler plus provoque de sacrés effets indésirables sur le subconscient. En matière de conte de Noël , Dickens n’aurait pas fait mieux. On finira notre ballade pré hivernale par ce qui n’est pas un conte, mais plutôt une histoire pas marrante dans laquelle certains risquent de ne pas trouver leur compte, un truc qui pourrait devenir réalité et qui fait froid dans le dos. C’est normal, nous direz vous, de se les peler à pareille époque : on rétorquera que même avec les fenêtres fermées et le chauffage à fond, l’effet risque d’être le même. La récente colère de l’éducation nationale, universités, collèges et lycées confondus ne nous parait pas si illégitime que ça en particulier pour ce qui concerne le sort réservé aux BEP dès l’année prochaine. Dans un souci de nivellement par le haut, on a décidé de coller ces diplômes de Français moyen à la déchetterie et d’y substituer un BAC Pro nettement plus smart , ce qui ne change presque rien à ceci près que le programme de quatre ans sera englouti en trois ans. A l’arrivée, il n’y aura plus que deux catégories : les lauréats et les autres. Pour ceux là, les temps risquent d’être durs mais on vous l’a dit, il faut travailler plus pour gagner plus. A l’inverse, pour ne rien gagner du tout, il suffira juste de ne pas travailler. Le nouveau BAC Pro a donc prévu tous les cas de figure ; c’est comme la bicyclette à Rachida, c’est économique, c’est plein de bon sens et surtout source d’émulation : plus on accélère doucement, plus on pédale moins vite. Evidemment, selon les origines sociales de chacun, on en connaît qui flamberont sur un vélo à douze vitesses en fibre de carbone et d’autres qui pédaleront comme des couillons sur des guimbardes en fonte massive. Pour travailler plus, il faudrait déjà travailler tout court, c’est par là que tout commence à vrai dire. Si c’est bien cette société là qu’on nous promet, celle peuplée d’une partie de notre jeunesse laissée à la dérive, on en vient à se demander pour quel idéal se sont sacrifiés les pauvres types en uniforme qui se les sont gelées certains soirs de réveillons, au fond de leur trou de combat. Ils ont pourtant accepté d’échanger un repas de fête contre une société plus juste où même les enfants de famille modeste auraient leur place. Parmi tous...

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